Celle qui vient de loin
Elle aime être devant.
Sans aucun effort, c'est la plus rapide.
Pendant une seconde, elle goute ce moment ou elle pourrait s'en aller, les laisser derrière..
Puis elle ralenti, ils ont besoin d'elle.
La Reine, la Guerrière suprême et son cheval noir, luisants de sueur et bardés de cuir gravé.
Comme les hommes, elle porte une tunique et souvent le chech qui la protège du sable.
Mais aujourd'hui, elle voulait sentir ses cheveux, longs, vivants.
Des mèches comme des serpents noirs aux reflets bleus ondulants et lourds.
Ses yeux ? personne n'avait pu soutenir son regard assez longtemps pour en connaitre la couleur.
On les disaient immenses et ardents.
Son nez fin et son teint clair.
Un campement au devant attire son attention.
Une pauvre tente.
Quelques chèvres et des enfants au crâne rasé sur les côtés qui courent au-devant d'elle.
Des bergers qui se lèvent, plus par curiosité que par respect
Leur femmes continuent leurs travaux, en apparence.
La beauté, la prestance de celle qui vient d'arriver, les rends fières d'être elles aussi des femmes.
Elle a posé un pied à terre.
Déjà le berger le plus proche s'avance pour s'occuper de son cheval.
Un geste rare, qui ne va pas de soit.
Dans le désert tout est codifié.
Personne ne s'approche aussi rapidement d'un campement.
Fut-il aussi modeste.
On s'arrête d'abord à une vingtaine de mètre.
On attends le signe, la permission d'avancer.
Puis on se présente.
Elle n'a pas eu besoin de demander.
Il ne l'avait jamais vue auparavant, mais il a compris.
Elle n'est pas là pour lui enlever sa liberté, ni pour qu'il l'a serve.
Elle est celle qui se battra jusqu'à la mort pour que son peuple reste libre.
Le peuple du désert.
D'un voix grave mais douce, elle demande :
Comment s'apelle cet endroit ?
Le berger réponds qu'il n'a pas de nom.
Alors elle prononça ces mots que
les enfants du bergers, les enfants de ses enfants et leurs descendants se raconteront plus tard :
*Tamanrasset sera son nom et ici sera notre cité."
Derrière elle , la centaine d'homme qui l'accompagnaient s'affairaient déjà à monter les tentes.
En vérité la Reine, fatiguée de ses combats voulait surtout se reposer.
Elle avait cherché longtemps , parmis les dunes du Sahara, l'espace qui lui plairait.
Nous étions en 450 après J-C et devant elle, on ne voyait que du sable.
Mais elle, avait vu sa ville.
Elle s'appelait. Tin-Hinane.
La Reine légendaire des touaregs de l'Agahar.
Aujourd'hui en 2014 Tamanrasset compte 100 00 habitants.
Très peu d'entre eux connaissent encore son existence.
Pire, le fier peuple Touareg qui vivait sa liberté si fort qu'aucun nom n'était nécessaire pour la nommer à presque entièrement disparu.
Les mêmes touaregs qui me faisaient rêver lorsque j'étais enfant.
Ca me fait mal de le dire, mais aujourd'hui, c'est presque honteux d'être touareg.
J'imagine le regard de mépris jeté sur eux, par les gens du nord, qui se sont installé là pour développer le commerce.
La civilisation et tout ce qu'elle comporte de destructeur pour l'identité des peuples..
Un peuple décimés par les querelles politiques,
Un véritable génocide qui avait déjà commencé quand j'ai visité Tamanrasset pour la première fois, il y a presque 30 ans.
J''avais rencontré un Touareg .
Mohamed.
Monsieur Mohamed Raba.
c'est lui qui m'a raconté l'histoire de Tin-Hinane.
Je l'ai écrit avec sa version.
Il en existe de nombreuses. La tradition touareg essentielement orale s'est perdue, déformée , appauvrie au cours des siècles.
C'est scandaleux.
Je me souviens, sur les murs de la poste, il y avait des affiches écrites à la main.
-Avis aux touristes.
S'il vous plait, quand vous rentrerez chez vous, dites à vos dirigeant de faire quelque chose pour nous.
Nous sommes exterminés.
Un message qui m'avait bouleversée.
Ca me semblait tellement naïf de croire que quelqu'un pourrait agir.
Je me suis sentie tellement impuissante.
Et puis, il y avait ces deux touaregs, avec leurs armes, de longs fusils de bois.
Assis contre un mur, avec leurs sarouels, leurs chèches .
Agitant négligemment le bout de leur longue ceinture de cur.
Ils vendaient leurs armes.
Pas les fusils, les autres ,les couteaux et les sabres richement gravés.
Mais ils avaient l'air si désespérés, presque méchant.
On avait pas trop envie de les approcher.
C'est peut-être les mêmes qui, des années plus tard enlevaient des touristes français...
Quoi qu'il en soie, ce n'était pas la majorité.
Les seuls qui ont survécu sont ceux qui se sont sédentarisés.
Monsieur Mohamed Raba.. garagiste, propriétaire d'une agence de voyage, consultant pour le Paris-Dakar et pour l'armée française en tant que spécialiste du désert.
Un peu chaman, beaucoup charmeur.
A ses doigts des dizaines de bagues.
Mohamed qui serait mort plutôt que de porter des chaines.
Qui me disait que tout vient du coeur.
Que celui qui aime le fer périt par le fer...
s'en est allé logiquement d'une crise cardiaque.
Moi, en bonne suisse, c'est avec un morceau de savon que je l'ai rencontré.
J'allais dire que le hasard n'existe pas.
Mais le hasard existe.
C'est un autre touareg qui me l'a fait comprendre.
Abdallah
Monsieur Abdallah Abdouali.
Un homme exceptionnel.
Il est temps que le monde connaisse son histoire.
Alors, ça semble présomptueux de le dire, mais je crois que je suis la mieux placée pour le faire.
Et ça tombe bien, parce qu'il me choisie .
C'est un immense honneur.
Vous allez comprendre pourquoi.
C'est l'histoire unique d'une homme qui a connu le destin le plus tragique que l'on puisse imaginer dés sa naissance.
Atteint de polio, exilé 6 ans dans un pseudo-hôpital.
Torturé jusqu'à déformation totale de son corps.
Récupéré, retorturé.
Il n'a eu de cesse de se relever.
Au sens propre comme au figuré.
Mais surtout et ç'est le plus incroyable, il a su conserver sa nature joyeuse.
Alors, ceux qui disent que l'homme est mauvais ne connaissent pas Abdallah.
Il est la preuve vivante que la nature humaine peut se conserver, se fortifier dans les pires des conditions.
Alors, si le destin a placé Abdallah sur mon chemin et moi sur le sien.
Ce n'est pas seulement pour que nous soyons amis sur Facebook.
Si moi j'aime tant le désert et les Touaregs, lui le lac et la Suisse...
ça pourrait déjà être une raison.
Mais autre chose nous relie.
Quelque chose que nous ne connaissons pas.
Ni lui ni moi n'avons rencontré la personne avec qui partager nos vies.
Si nous étions au cinéma, ou dans un conte de fée, alors, nous aurions pu tomber amoureux.
Mais dans la vraie vie, les choses sont plus complexes
.
Je ne sais pas à quoi ressemblera l'homme de ma vie, mais j'ai une idée de celle qui conviendrait à Abdallah.
Une femme instruite.
Une intellectuelle, avec une force de caractère, des relations, de l'argent.
Avec elle, il pourrait , par exemple fonder une compagnie d'aviation.
Il faut savoir que Abdallah est fou des avions.
Faire refleurir le tourisme, la culture touareg dans tout ce qu'elle a de passionnant.
Quand à moi.. je ne sais pas.
Parfois, je me dis que j'ai déjà connu le véritable amour.. mais que mon destin est de vivre seule.
Une chose est certaine.
Il reste un mystère.
Quelque chose à découvrir.
Quelque chose qui fait que l'histoire ne peut pas encore être racontée dans son entier.
Il y a peut-être un élément de rèponse dans le désert, justement.
Parce que je n'ai , aujourd'hui encore, pas tout compris de ce qu'il s'est passé, une fameuse nuit dans le jardin de Mohamed.
Quelque chose qui m'a transformée.
Qui a changé la petite fille que j'étais en la femme que je suis devenue.
Quelque chose d'à la fois spirituel et.. je ne sais pas comment dire.
Un truc en rapport avec l'énergie peut-être
Quelque chose que je porte en moi mais dont je n'ai pas conscience.`
Parce qu'au moment ou ça c'est produit, la tempête c'est levé, est retombée.
Et quelque chose de très particulier rôdais tout autour.
C'est manifesté même.
Avec des bruits bizarres et des yeux rouges qui m'observaient.
Je ne peux pas le raconter.
Ca aurait l'air comique..
Mais je sais que c'est important.
Ce truc...
Qui me sert et me dessert.
Un mystère, je vous dit.. que je dois comprendre un jour.
Quelque chose me dit que Abdallah pourra m'y aider.
Mais en a-t-il conscience lui même ?
Est-ce que nous n'aurions pas chacun, quelque chose d'essentiel à comprendre, pour avancer davantage ?
Alors, parce que l'histoire est en marche, que d'en parler lui donne une nouvelle réalité je vais commencer à écrire ce livre.
J'ai déjà commencé..
Tin-Hinane, signifie en langage tamachek ; celle qui vient de loin.