Il était une fois ...
Un homme qui avait un sourire magnifique.
Comme il était généreux, il le dispensait sans compter autour de lui, quelque chose de gratuit et naturel.
En sa présence on se sentait instantanément bien.
Maintenant que je connais l'Histoire d'Abdallah, je sais que ce sourire est un miracle.
J'en ai connu des gens avec des trajectoires pénibles, qui malgré tout aimaient encore la vie.
Mais franchement, je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme lui auparavant.
La logique là-dedans , après réflexion intense, c'est que lorsque l'on a connu l'enfer, alors forcément, la vie normale ressemble au paradis.
Je ne vais pas tout vous raconter,
Mais j'aimerais quand même, parce que, à mon avis, Abdallah est un biennois à part entière et que personne plus que lui n'a sa place dans un blog qui s'apelle "Bien à Bienne".
-Mia, je croyais qu'Abdallah habitais Tamanrasset ?
Oui, oui, c'est juste, c'est là qu'il vit la plupart du temps.
Abdallah à 45 et depuis
1979, chaque 2-3 ans, il revient en Suisse pendant trois mois.
Comme il a de la famille à Bienne, alors, il y séjourne.
Quand il est là, il se déplace en bus, il prends le 1 ou le 4, comme tout les biennois.
Il aime se promener au bord du lac.
Sait que les truffes de chez Progin sont les meilleures de la ville.. et tout un tas de petits détails qui font, qu'il connait et aime Bienne, peut-être plus que certains qui y sont né.
Presque tout les biennois d'aujourd'hui, ont d'autres origines, d’ailleurs.
Je suis presque sur, qu'avant de le connaitre, je l'avais déjà remarqué.
Avec son air volontaire quand il se déplace.
Vous aussi certainement si vous êtes d'ici, vous l'avez croisé.
Alors maintenant, si ça vous arrive, vous saurez qui c'est : Abdallah de Tamanrasset : biennois de coeur.
Abdallah aime sa région aussi, comment pourrait-il en être autrement.
Ses origines touaregs sont ancrées en lieu comme le sable du désert.
Mais toutes ces choses, ces lieux, le lac surtout,cette diversité, certains points de notre mentalité que nous avons à Bienne comble son esprit .
Ici, nous avons tout
Alors, c'est vrai que nous ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons, mais Abdallah le comprends bien.
Nous n'avons jamais vécu dans le désert.. pour la plupart.
J'y ai passé peu de temps.. mais je l'ai vu... ma famille me manquait, mais aussi... la Migros.
Tout ce que nous avons à disposition si facilement. Ce n'est même pas une question de travailler pour l'avoir..
A Tam, Adallah travaille aussi, à l'aéroport. Mais pour un salaire de misère, et quand ce n'est pas l'eau qui manque, c'est tout le reste.
Bien sûr, il reste étonné que nous puissions parfois être voisins sans nous connaitre.
Chez lui, il connait chaque personne, jusqu'à 40 maisons plus loin.
Aussi magnifique qu'elle puisse être la région d'Abdallah est pervertie par le commerce unilatéral des gens du nord.
La mentalité qui va avec aussi.
L'esprit et la culture touareg, qui se transmet oralement, est en train de se perdre.
Comme il le dit : quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui se perds.
Le peu que je connais de cette culture m'enchante.
Il faut savoir qu'Abdallah doit travailler deux ans pour pouvoir venir en Suisse réajuster ses prothèses.
Un travail acharné, qui le laisse épuisé et ne permet pas de prendre son temps à faire autre chose.
Et quand il part, il s'assure encore que sa famille ne manque de rien.
Si vous êtes sensibles, ne lisez pas la suite, ou sautez le paragraphe suivant.
Franchement,il me semble important de dire par quoi il est passé, à commencer par l’hôpital qui à cette époque *soignait" sa polio en le maintenant couché sur le côté avec des poids pour étirer ses jambes...
Sans l’intervention de son oncle.. il serait certainement mort.
C'est un miracle qu'il ne soie pas devenu fou.
Car ce calvaire a duré 6 ans.
Ses parents n'ayant pas le moyens de faire le trajet , ni les connaissances pour comprendre qu'on les abusaient, croyaient vraiment les médecins, quand ils disaient qu'Abdallah reviendrait parfaitement guéri.
C'est l'Etat qui subventionnait son lit.. mais, et c'est la que ça devient vraiment monstrueux :les hôpitaux n'avaient ni le matériel, ni le savoir pour soigner la polio, et ils le gardaient quand même. Certainement pour profiter des subventions.
Quand son oncle a retrouvé,Abdallah, tout son corps avait été torturé.
C'est terrible encore, que le petit garçon n'aie connu d'autre foyer que l’hôpital, et aucune affection. Dans les bras de son oncle, il se débattait et croyait que l'avion, avec son ouverture béante, était une bête qui allait l'engloutir,
Les escaliers devenant d' énormes dents.
Une fois ses parents retrouvés,, c'est triste à dire, mais son calvaire qui avait commencé dans les mauvaises intentions se poursuivit pour les bonnes :
Sa mère était si désespéré, qu'elle s'adressa aux guérisseuses, des femmes avec des pseudos pouvoirs, mais de vraies lames de rasoirs...
"pour extraire le mal".
Et comme le mal ne voulait pas sortir, alors on a fait un trou plus grand, dans son flanc, avec un couteau chauffé au fer rouge.
Sur son corps une centaine de cicatrices, peut-être plus. Et une grosse comme le poing , celle du couteau.
Alors vous, vous le lisez. Mais moi, je les ai vues ces cicatrices..
Et je crois qu'Abdallah, voyant à quel point ça me bouleversait, ne m'a pas tout raconté.
Je vous rappelle qu'il avait 6 ans quand ça c'est passé.
Qu'il se rappelle encore de sa mère , le portant, tandis qu'il saignant de tout son corps..
Il n'avait pas de béquille, encore moins de fauteuil.
Il rampait.
Il a rampé encore pendant 4 ans.
Mais ce petit garçon, voulait vivre, voulait se rendre utile.
Compenser par la qualité de son travail , toutes les autres choses qu'il ne pouvait pas faire.
Et il y arrivait.
C'est difficile de résumer en tout, 10 années de calvaire.
Je le fait quand même pour que , la prochaine fois que vous croiserez ce magnifique sourire, vous sachiez quel homme exceptionnel vous avez en face de vous.
Vous comprendrez peut-être aussi pourquoi il aime tant cette Suisse, ou la Croix-Rouge l'a envoyé pour recevoir ses premières prothèses.
Un autre hôpital, tellement différent, ou on lui donnait enfin de vrais soins, humains.
Pour être exact, il avait été opéré une première fois en Algérie, juste avant, mais son cas était si lourd, que ça n'a pas suffi .
C'est là que commence son histoire d'amour avec la Suisse en général et Bienne en particulier.
D'ailleurs, s'il a l'accent neuchâtelois, c'est surement parce que c'est là qu'il a appris le français.
Voilà, je vais m'arrêter là, pour aujourd'hui.
Voilà un peu de l'histoire d'Abdallah.
Il est pudique, sensible et réservé.
Ce n'est pas une histoire qu'il raconte à tout le monde.
Alors, je lui ai demandé la permission d'en parler, et il a accepté.
Maintenant, vous comprenez j'en suis sure, pourquoi il aime tellement Bienne.
Si j'étais maire, j'en ferai un citoyen d'honneur.