Un autre temps à Bienne et dans le monde
C'est le temps du changement.
Dans ma démarche artistique, j'arrive vers ce que j'ai toujours voulu faire ; raconter une histoire, avec une forme et des couleurs les plus simples possibles.
Un peu comme la virgule de Nike.
Ce ne sont que des pixels, tous de la même couleurs, juste un trait courbé.
Mais, instantanément, en le voyant, la quasi.totalité de la planète sait ce que c'est.
La quasi totalité de la planête possède ou connais quelqu'un qui possède quelque chose avec ce trait.
Ca va jusqu'à l'histoire personnelle ; ma paire de Nike...
Sur ma photo, à la base, c'est moi , dans le miroir de mon salon.
Je ne l'ai pas retouché, dans le sens d'une vraie modification.
Je me suis contentée de changer les contrastes.
Ca fait des heures que je fais ça.
Je cherche différentes versions.
Je prends mon image parce que je me sens plus libre d'en faire ce que je veux.
Mais là, ce n'est plus moi.
Ce n'est plus le même geste.
Ce sont d'autres vêtement, une coiffure différente.
Quelque chose, ou quelqu'un qui vient de ma mémoire photographique.
Je vois une femme, qui est peut-être en uniforme, une sorte de tailleur, et une coupe de cheveux
des années 40-50. Peut-être même pendant ou juste après la guerre.
Mais il y a un côté sensuel, dans la façon de pencher la tête qui tranche avec le côté strict de la tenue.
Comme si elle ouvrait la porte de son bureau à un homme qui lui plait.
Voilà ce que je vois.
Pourtant, c'est toujours la même photo.
Je n'ai rien enlevé, rien ajouté.
A part la couleur.
Déjà ça change tout.
Le noir blanc dramatise.
Plus c'est contrasté et plus ça devient fort.
Il y a des photos noir-blancs très douces, mais dans ce cas là, c'est plutôt des dégradés de gris.
Sur cette photo, pas de gris, juste des concentrations ou des distances entre les points noirs.
Simplement des points noirs.
Ca suffit à réveiller mon imagination.
Ca m'est égal que l'on trouve que ce n'est pas une belle photo.
Même si je lui vois des qualités graphiques.
Elle satisfait mon imagination.
Je ne sais pas pourquoi je suis si fascinée par ce processus de transformation.
Au point de passer des heures à jouer avec les différents boutons qui éclaircissent ou assombrissent l'image.
C'est certainement pour ça que j'aime les ombres.
Pas l'ombre. Juste les ombres.
Si j'utilisais photoshop, j'aurais encore des milliers de possibilités en plus.
Je pourrais choisir d'affiner les pixels ,de nuancer le noir et le blanc.
D'ailleurs, il est bien possible que je le fasse, pour voir jusqu’où je peux aller dans la transformation.
Je trouverai peut-être encore une autre femme, une autre époque ?
Bien sur, je n'ai pas pu résister.
Et voilà que soudain, la couleur et les structures me transporte dans une autre époque.
La, je me reconnais.
Parce que j'aime les couleurs plus que tout.
Cette image finale me fait rêver davantage.
Le bureau d'une femme, écrivain, dans un endroit plus exotique.
Des décorations soignées, tapisseries aux motifs subtiles et bois précieux des meubles.
Je voyage dans le temps.
Jusqu'au moment ou je me lève et me vois dans ce même miroir qu'on ne devine plus sur cette ultime transformation.
Je suis en short, dans mon salon.
