Sorbet fraise des bois-interdit
Ah.. le doux parfum de l'interdit! C'est que, officiellement ,le jardin d'en face, ce n'est pas chez nous.
Et qu'importe si il est à l'abandon.
Je ne m'attarderai pas sur le sujet, il m'arrive parfois de faire preuve de délicatesse, oui oui, pas souvent mais ça arrive.
Donc, il y a ce merveilleux jardin.
Avec ces petits étangs rempli de poissons rouges et de tritons des montagnes, ceux qui ont un ventre orange.
On sent qu'à la base il avait été emménagé avec soins.
Des groseilles, des muriers; pas n'importe quels muriers, des spéciaux qui donnent des mûres géantes.
Enfin, qui donnaient.. parce que, dans un élan de .. je cherche le mot.. dans un élan étrange on va dire, le propriétaire qui néglige absolument tout le reste, a rasé les muriers.
Comme si plus personne ne devaient en profiter.
Rasé aussi les groseilliers blancs et les cassis.. quel dommage, j'adore par-dessus tout le sorbet cassis.
Heureusement, il reste les fraises .
De toutes petits fraises des bois qui ont totalement recouvert l'endroit.
Et chaque jour, de nouveaux petits fruits murissent parmi les herbes folles et sont repérables facilement avec leur belle couleur rouge, au milieu de la verdure.
Le sorbet que je fais avec...
-Eh dis donc, je croyais que c'était interdit?
J'ai dit "officiellement".
Parce que la loi de la Nature prime sur l'humain et ce serait un crime de laisser pourrir ces
petits joyaux, alors qu'il suffit de faire deux mètres et de se baisser.
Dans ce jardin, les limaces sont reines, les demoiselles ; cette sorte d'insecte à part qui ressemble à des libellules , ensont les fées bleutées.
Un bleu presque métallique, mais soyeux en même temps,
Les petits oiseaux se réfugient sur les branches des arbres à kiwis entrelacés dans une lignées géantes.
Ils sont en fleurs et certains laissent déjà apparaitre le début des fruits.
Les meilleurs kiwis que j'aie jamais mangé dans ma vie.
Les branches débordent sur notre petit morceaux de jardin contigu.
J'espère de tout mon coeur que personne ne les coupera.
Vous voyez, j'étais bien là, j'entends le chant des oiseaux et tout ça est quand même hyper agréable quand on habite en pleine ville.
-Tu étais bien?
Je respire.. j'ai encore des progrès à faire pour ne pas absorber le malaise d'un adolescent qui passe, fut-il le fruit de mes entrailles.
Parfois ce que je vis me semble irréel, tant il est impossible de se rendre compte de comment ça peut être si on ne l'a pas vécu.
Et si il était bête? au moins il aurait une excuse.. mais il ne l'es pas.
Il à même souvent raison.
Je devrais me coucher.. il est 5h et ma petite fille est là.
Je vais être à bout, encore.
Je me rends compte que plus que tout, la façon dont c'est dit me heurte.
En un quart de seconde mes yeux recommence à clignoter.
Je retrouve mon calme et je vais me coucher.