Dommages collatéraux (à Bienne, Valparaiso et quelque part en France)
Ce matin je me réveille aussi K.O. que si j'avais boxé toute la nuit contre un ennemi invisible.
Comme souvent chez moi, les émotions arrivent dans le désordre.
Et puis, j'ai appris que la mort de Marco était particulièrement injuste.
Comme dit Michelle : une vie volée.
Je me rends compte aussi que plus jamais je n'aurais de ces conversations passionnantes avec lui.
Forcement, je pense à tout les gens à qui il apportait quelque chose et ça me fait ressentir encore plus l'injustice de son absence et la souffrance inutile qu'elle va occasioner.
Quand Michelle écrit un article sur le don de moelle osseuse. je sais ce qu'il y a derrière.
Ce n'est pas un secret, son petit frère n'a pas pu être sauvé parce que personne de compatible n'a été trouvé.
Mais ce que je ne me rendais pas compte, c'est que l'injustice de cette situation n'a pas perdu une once de son intensité, des années et des années plus tard.
Qu'à chaque fois qu'elle y pense, et elle doit y penser souvent, ça doit la traverser encore, comme une flèche empoisonnée.
C'est et ça sera pour toujours injuste.
Comme la mort de Marco.
Alors, comment les proches pourraient-ils échapper à cette souffrance récurrente?
Michelle n'y échappe pas, mais elle combat, infatiguablement pour tenter de motiver d'autres personnes pour augmenter le nombre de donneurs compatibles et éviter d'autres morts injustes.
Mais que vont faire les proches de Marco?
Comment accepter l'innaceptable?
Je suis révoltée.
Mais je ne sert à rien.
Je pense à tout les gens qui vivent avec cette douleur inguérissable.
Parce qu'on peut retourner le problème dans tout les sens, c'est et ça restera toujours une injustice.
Je n'ai pas de réponse.
Ce que je sais par contre, c'est les victimes de ces injustices n'aimeraient pas être cause de souffrance.
Qu'ils aimaient trop leurs proches pour ça .
J'ai tendance à penser que la mort n'est pas une punition.
La vie est parfois si dure: je suis convaincue que ce qui vient après ne l'est pas.
Que les meilleurs partent en premier parce qu'ils l'ont mérité, comme une récompense.
Pour ceux qui restent, c'est autre chose.
Certains ne se consolent pas de leur absence.
Ils imaginent tout ce qu'ils auraient pu vivre encore, et c'est encore plus douloureux.
Le surnom de Marco était Marco Zen.
Je ne suis pas une spécialiste, mais je sais que l'âme est en paix lorsqu'elle n'a pas de désir.
Que ce sont nos envies qui nous frustrent, ce que nous attendons, réclamons et que la vie ne nous apporte pas qui est difficile.
Alors, on peux me dire : qu'est-ce que tu en sais, mais moi aussi j'ai perdu des proches.
Faut-il calculer le degré d'injustice, d'après l'âge du disparu et les motifs qui l'ont conduit à partir?
Ce n'est pas la souffrance qui me dérange, mais ce qui va avec : le repli sur soi, la méchanceté qui peut en ressortir.
Si je vais au bout de mon raisonement, nous améliorer conduit à la mort prématurée..
La vie peut être belle aussi, malgré tout.
Hier soir j'étais en paix parce que mes émotions apparaissent dans le désordre.
Que ce sont des étapes à passer.
Pas pour accepter l'innacceptable mais comprendre qu'il y a un sens à tout ça.
Même si il nous échappe.
Et que le but n'est pas de se résigner mais de garder confiance envers ce qui nous dépasse.
Pour continuer d'aimer la vie, d'aller de l'avant et de garder de la personne disparue, le meilleur de ce qu'elle nous apportait.
Pour Marco, c'était sa constante évolution.
Alors, au travail!!
(et chez moi il y a du boulot!).