Elle pleure la statue du Parc Heuer
8 heures-
Il fait bon ce matin dans ce début d'été biennois.
Ils sont déjà là, quelques uns dans leur parc.
Ce petit endroit de la ville ou les gens ne faisaient que passer et qu'ils se sont approprié.
Avant eux, je me souviens très bien.
C'était un endroit mort et lugubre.
Ils l'ont rempli de leurs vies.
De leurs humeurs , de leurs envies, de leurs malheur aussi.
Les malheurs, quand on les partage c'est le contraire de l'amour, ça dimunue.
Un peu.
Mais juste assez pour tenir le coup.
Des hommes et des femmes de notre ville qui viennent là, tout les jours , pour ne pas être seul.
Pour se tenir au courant.
D'ailleurs ils savent tout.
Ils dissèquent l'actualité de la ville, mais aussi celle du monde.
Ils 'entraident aussi, se refilent les bons et les mauvais plans.
On pourrait leur reprocher d'être inactif.
Mais beaucoup sont malades,
Malade de leur corps, malade de leurs esprits, ou tout simplement malade de la vie.
Certains se sont réveillés un matin et trouvé leur compagne morte, pendant la nuit.
D'autres se sont fait abusés tant de fois qu'ils ou qu'elles ne se souviennent pas de tout.
Boostés à coup de médicaments qui les remontent d'un côtés et les détruisent de l'autre.
A force, ils le sentent plus rien.
Le premier qui peut amène les bières.
Au Denner du coin elles sont moins cher que l'eau minérale.
Parfois, une bonne âme apporte des sandwiches.
C'est rare, mais ça fait du bien.. à celle qui les a préparé, surtout.
Personne n'aime recevoir la charité.
D'ailleurs, ils n'ont pas faim.
Ils ne mendient pas non plus.
Pas dans le parc.
Les gens peuvent passer sans problème.
D'aussi longtemps que je me souvienne, je suis passée tant de fois dans ce parc, jamais je n'ai eu l'impression que quelqu'un allait m'attaquer.
Au contraire.
Je me souviens de ce jeune homme tout heureux de voir une dame avec une poussette, pour lui donner les couches qu'il a reçu gratuitement à la Migros.
C'est clair, il n'en avait pas besoin, mais il a pensé que ça servirait à quelqu'un.
Je n'ai jamais vu non plus quelqu'un s'y shooter devant tout le monde, comme ça se fait à Bern.
J'ai beau cherché, mais vraiment, honnêtement, chaque fois que je passe, je vois la même scène : des gens paisiblement assis qui discutent.
Alors, bien sur, je ne suis pas naîve, je me doute bien que parfois, ça parle plus fort.
Que souvent on y est pas d'accord.
Mais alors ?
C'est la vie !
Qu'il s'y passe des choses illégales ?
Je ne suis pas de la police.
Il était 8 heures, et les premiers arrivés savouraient la douceur de ce début d'été.
Jusqu'à ce que surviennent les ouvriers.
Avec leurs machines.
On aurait pu leur dire quelques mots, au minimum.
Mais non.
Ils n'ont rien dit.
Juste détruit.
Après tout, la terre appartient à la Ville, elle en fait ce qu'elle en veut.
Bienne n'est plus aux biennois.
Rectification : Bienne n'est plus qu'à certains biennois ; ceux qui ont les moyens.
Celui qui a voulu décidé et fait appliquer ce massacre ...c'est pourtant enrichi grâce à ceux qu'il malmène aujourd'hui.
Puisqu'il loue des appartements et d'après mes sources, n'est pas aussi regardant quand il demande a ses locataires de payer pour des travaux, que lorsqu'il faut les réaliser....
Mais voilà.. ses bureaux surplombent l'endroit et ces gens là.. ceux qu'on appelle : marginaux, le dérange.
Une fois meme un c'est permis de lui adresser la parole !!!!!!
Rolalal..
Alors il dit que c'est comme entrer dans une prison... mais vasy en prison, et tu verra ...
que ça n'a rien à voir.
Ils sont venus donc, sans prévenir et ont commencé à creuser, à couper à détruire et à expulser , comme de vulgaires pigeons, les gens présent.
Dans les journaux, ils disent ; des enfants plutôt que des marginaux".
Ah bon.. les marginaux seront stérilisés ?
Comme des chats de gouttière ?Pour ne pas être blessés, ils se sont déplacés.
A coup de barrière, on les a parqué plus loin .
De la, ils ont pu assister impuissant, aux pelleteuses qui crèvent la terre,,..
Imaginez , vous êtes la.. bien tranquille et on arrive pour détruire votre parc préféré à coup de bulldozer !
Alors , d'accord, ça ne leur appartenait pas.. mais je le redis, avant eux, cet endroit était mort.. on y avait meme retrouvé un jeune homme pendu..
Quelque chose qui ne pouvait plus arriver tant qu'ils gardaient l'endroit.
Parce que même s'ils passent une partie de leur journée à se critiquer les uns les autres.. ils n'auraient jamais laissé faire.
Ils gardaient la place en quelques sortes.
Bien sur, la cohabitation ne ser pas possible.. on va y mettre des jeux pour les enfants.. je suis curieuse de savoir .. mais je l'espère quand meme qu'on aie pas fait ça pour rien et que les enfants s'approprient l'endroit à leur tour.
Par contre, on aurait pu considérer cette petite communauté et lui proposer un autre endroit.
Parce que ce sont des habitants de Bienne, comme nous.
Sauf qu'ils ont eu moins de chance.
Vous savez pourquoi on se retrouve un beau matin à ne plus pouvoir travailler et rien d'autre faire que de rejoindre d'autres personnes pour ne pas tourner en ronds seul devant sa télé ?
Ce sont nos frères et nos soeurs, nos exs, nos enfants qui sont là.
Parce qu'ils s'en sont tellement ramassé que ça les as poussé de l'autre côté du miroir.
La ou on est trop ou pas assez.
Trop pauvre, trop malade, pas assez adapté...
Ils ne profitent de rien d'autres que de l'air du dehors et d'un endroit dont personne ne voulait.. jusqu'à l'autre matin.
Ah.. c'est clair.. si c'est pour des enfants.. on peu bien les pousser encore plus loin.
D'ailleurs.. pendant qu'on y est.. et si on les alignait contre un mur on serait enfin débarrassé de ces sous êtres humains qui font tache dans le nouveau paysage biennois.
En même temps que tout les vieux arbres qui ne poussaient plus assez droit... et les oiseaux de la colonie des cygnes.
Et là,
Bienne aura définitivement perdu son âme.
Une ville qui étais différente parce qu'elle faisait de la place à tout le monde.
Ou les originaux comme on les appelaient avant était connu par leur prénoms.
Vous croyez qu'ils sont tous alcooliques et toxicomanes
Pas forcément, il y a d'autres maladies, comme la dépression, le TDAH etc... et puis , à mon avis ce qui fait le plus de ravage et dont on ne parle pas : le trouble post-traumatique.
Quand ce n'est pas un ni deux, mais 10 coups durs à la suite qui vous arrivent.
Quand vous sortez à peine la tête de l'eau qu'on vous presse sur le crâne à deux mains.
et que même une fois accroché au bord, vous êtes si choqué que vous ne pouvez plus avancer.
Et ça, croyez le ou non peut arriver à tout le monde.
Une maladie, un décès, la dépression.. et tandis que, bourré de médicaments légaux vous tentez de survivre, vos amis s'éloignent peu à peu.
Votre famille ne vous invite plus.
Et ceux qui sont payés pour vous aider oublient que leur incompétence à des conséquence s directes sur vos ives.. ou s'en fichent.
Vous attendez une réponse de l'A.I qui ne vient pas..et vous continuez inexorablement votre chute, parce que votre femme vous quitte et qu'un accident mets fin a vos dernières économies.
Bien sur, vous n'avez plus de travail. et arrive le moment ou seule les oeuvres sociales peuvent vous aider.
Toujours pas de réponse de L'A.I... vos souffrances empirent... deviennent intenables, vous prenez de nouveaux médicaments qui vous détraquent le système nerveux,
Vous faites des crises d'angoisses à répêtition...
Vous êtes de plus en plus seul,
C'est facile, je vous dit.. tomber dans la misère économique et sociale peut arriver à n'importe qui.
Ce ne sont pas des excuses, ce sont des faits.
Tomber est facile.
En sortir?
Beaucoup moins,
Ca reste possible.
J'en connais une qui après avoir passé plusieurs année par ce fameux parc est redvenu la belle jeune femme active et responsable qu'elle n'aurait jamais cessé d'être, si des erreurs successives de parcours ne l'avait portée la.
Je connais un couple encore,, une autre jeune femme...
Ce parc, comme tout les endroits ou se réunissent les personnes qui ont des difficulté est indispensable dans notre société.
Mieux, c'est la preuve qu'elle va bien.