De belles histoires à Bienne et ailleurs
Dans quelques heures, je vais rencontrer Céline.
Je me réjouie.
Parce que Céline et moi avons déjà communiqué par messages interposés, mais c'est la première fois que l'on se voit, je crois du moins.
Bienne est une petite ville ou tout le monde connait tout le monde.
Et Facebook rempli bien son rôle,
C'est tout de même étonnant de pouvoir constater le nombre d'ami que l'on a en commun!
Parfois, tout de même, on en arrive à rencontrer des gens pour d'autres raisons, une passion commune : les animaux, ou la photo.
Ou alors, ça peut être des opinions que l'on partage.
Ou bien encore, quelque chose que l'on a, ou que l'on sait faire.
Finalement, Facebook, bien utilisé, et aussi un générateur d'amitié.
Il faut un certain courage, une certaine ouverture, pour faire entrer dans sa vie de nouvelles personnes.
Sourire.
Quand j'étais plus jeune, ça me terrifiait, pour une raison qui m'apparait clairement, aujourd'hui, comme ce qu'elle est : très très bête.
Dans mon esprit c'était ainsi :
Je rencontrais quelqu'un et on sympathisait..
Suivant l'exemple de mes parents, les amis , ça s'invite à souper.
Il y en avait toujours chez nous : de grandes tablées bruyantes qui riaient et chantaient jusqu'à très tard.
Ce n'était pas le problème.
Même si j'avais beaucoup de peine à m'endormir.
Souvent aussi, mes parents étaient invités.
Logiquement, donc, je voyais l'amitié ainsi, passant par la case obligée des invitations réciproques.
Avec un hic.
Un gros, un énorme hic.
Je suis ce qu'on appelle "pénible".
Je rectifiais *difficile".
Ma mère insistait : "vieille peignette".
Du genre qui ne mange pas une frite, si elle à ne serait-ce juste cotoyé dans la même assiette un peu de sauce à salade, ou du ketchup.
Et si, malencontreusement, mon palais délicat sentait une micro-parcelle ennemie effleurer ses papilles, aloors elle le recrachait avec dégout.
Ce qui fait plutôt mauvais effet quand on est invité.
Autre problème : j'étais très bien élevée.
-C'est un problème ?
Non, mais ça le devient, quand la maitresse de maison vous propose de gouter sa spécialité : sa fameuse salade de pomme de terre, et qu'à cause de votre refus, la déception se lira dans ses yeux.
Les autres convives vont tiendront pour responsable de son suicide par la suite.
-T'abuse là, tu trouve pas?
C'est clair, je suis vieille maintenant, j'ai vécu en Afrique aussi, alors, les plats particuliers, à base d'oeufs crus mariné dans le vinaigre, je connais.
J'ai fais des efforts, je mange même des champignons en adorant ça, MAIS, il y a toujours des mets qui ne passent pas.
La sauce à salade en premier.
Comble de mon malheur, c'est une de ces fichues entrée incontournable..
Le pire c'est que la salade passe encore, mais pas la sauce.
Et qu'est ce qu'elle fait une bonne maitresse de maison?
-De la sauce maison?
Exact.
D'ou ma souffrance.
D'ou mon refus d'avoir des amis.
Parce que , à peine les premiers liens tissés, je vais déjà les décevoir cruellement..
J'ai tout essayé :
la ruse : ma religion m'interdit la sauce à salade.
la santé : je suis allergique à la sauce à salade.
la pitié : j'ai un tout petit estomac, alors je garde cette place pour le dessert.
Le troc : quelqu'un veut ma sauce à salade contre des frites.?
L'inconvénient, c'est que c'est très loin d'être discret.
Du coup, la seule solution, c'est de couper court à toutes invitation ; je suis overbookées jusqu'en 2018.
Jusqu'au jours, ou j'eut enfin le courage d'assumer ma bizzarerie anti-sociale.
-J'aime pas.
Mais, elle est super-bonne ma sauce à salade (yeux suppliants genre "si tu goute pas tu va ruiner mon diner).
D'ailleurs ça manque pas : "allez, goute un petit peu, juste une demi-feuile à peine trempotée!" avec l'argument suprême : "fait-moi plaisir".
Et c'est reparti, vous êtes, enfin JE suis le monstre sans coeur qui ne goute meme pas en plus.
Cette fois , je suis bonne pour l'échafaud.
La sentence tombe : on la lapider plutôt.
Tandis que d'atroce scène de colonie de vacances me reviennet en mémoire :
-Tant que tu mangera pas ta soupe, tu ne quittera pas la table..
La sueur perle à mon front, tombe dans l'assiette ,
J'essaie un ultime truc :
-Oh, j'ai renversé sans faire exprès mon sirop dans l'assiette.
Sourire cruel de l'hôtesse (qui en a vu d'autre : "mais pas de soucis, on va t'en remettre) du cpip, non seulement vous récoltez cette chose liquide infâme, mais elle se mélange avec le sirop et infectevotresteack. et pollue vos frites..
Quand même, vous acceptez, en priant pour qu'on change de sujet et que personne ne se rende compte que vous réduisez la nourriture incriminée en miettes, à coup de fourchettes. pour mieux la faire disparaitre sous la table.
-C'était bon ??
Vous mentez, pour avoir la paix. Grave erreur.
-Ben tu vois que t'aimes, allez, je t'en remets!
Calvaire, supplice.. voilà.
Donc, pas d'amis , pas de torture-
Petit à petit j'ai réalisé à quel pont je m'auto.compiiquais la vie,
Que l’amitié comprends tout.
encore mieux que l'amour.
Au point d'oublier ce que vous avez dit au début de souper et de généreusement vous mettre le reste de sa fichue salade de pdt dans un tupperware.
-Tiens, j'en ai fait trop,
La soit vous vous dominez,vous serrez les dents et vous qui détestez gâcher la nourriture, tentez de la refiler à vos chats...
soit, vous faites mine d'oublier le tupperware maudit.
Et tadis que vous vous croyez enfin hors d'atteinte, une fenêtre s'ouvre, et l'ami chérie vous interpelle encore.
La c'est votre vie qui est en jeux, vous pédalez pédalez à perdre haleine,
Ignorant la sonnerie de votre natel.
Et tant pis si en fait c'est vos clefs que vous avez oublié , vous dormirez dehors.
Vous avez survécu au pire et la prochaine fois ...
c'est vous qui invitez.