Vieille et moche
La vieille se ballade avec son air pincé et son manteau de fourrure.
Un air à mépriser la terre entière.
Ca fait longtemps qu'elle n'a n'est plus que vieille, et plus femme.
Même pas l'ébauche d'un sourire sur les deux sillons roses qui lui servent de bouche.
Jamais.
Un improbable amas de cheveux , difficile de démêler le vrai du faux, surblombe son arrogant vieux crâne.
Mais stupidement, peut-êre à cause de la fourrure, je lui ai imaginé une vie, à l'abri du besoin.
Jusqu'à ce que ce que, l'autre soir, à la gare, elle surgisse devant la caisse pour arracher
de mes mains un de ces tiquets concours qui donnent droit, quand on gagne, à quelques biscuits.
Et ce regard, haineux..
J'ai pitié, je lui laisse le tiquet.
La vendeuse m'en donne un nouveau.
Je l'ouvre et je vois que j'ai droit à un Toblerone.
Pendant ce temps, la vieille rejette rageusement le sien, un bon de réduction pour l'essence.. elle n'a surement pas de voiture non plus.
Autres instants, autres vieilles : assises sur un banc, dans leurs vieux manteaux dont même Caritas ne voudrait pas, elles sont concentrées.
Une d'elle à entre les mains des couverts en argent, l'autre les évalue, semble-t-il.
Pas évident de savoir qui est l'acheteuse et qui est la vendeuse.
L'une d'elle est l'ex-femme d'un antiquaire connu sur la place de Bienne.
Je suppose donc qu'elle est l'acheteuse, mais, j'ai appris à me méfier des apparences.
Elles parlent à voix basses, avec des airs de conspiratrices, mais alors : pourquoi faire ça
sur un banc, au milieu de la ville?
Les gens sont étranges.
Mais soi-même, on les croise, de près ou de loin, on leur imagine des vies, mais la réalité est souvent tout autre-
Je me souviens l'avoir enviée, l'ex de l'antiquaire, avec son style un peu parisien, un peu bobo.. et son incroyable maison à côté de sa galerie d'art.
Qu'est-ce qui a bien pu se passer?
Et puis, je me regarde dans la glace.
Je suis encore malade, blanche... il faut que je sorte.
Alors je vais faire quelques photos.
Mais avant, je pense à Savonette, ça fait plusieurs jours que je ne l'ai pas vu.
Je vais dans le jardin, je l’appelle.
Et soudain, elle est devant moi, grosse ,bien nourrie, le poil brillant.
J'ai failli ne pas la reconnaitre.
Et plus étonnant, elle à un collier.
Je la prends dans mes bras et je l'emène chez moi.
Sur le collier je lis : ce chat est toujours chez moi.
Je souris,
J'écris un mot pour remercier, après tout c'est gentil.
Savonette est à moitié sauvage, si elle préfère aller chez cette personne c'est surement
parce qu'on s'en occupe bien .
Chez moi aussi, mais il y a les trois autres.. ses propres enfants qu'elle ne supporte plus,
Alors, je la laisse repartir, faire le bonheur de quelqu'un d'autre.
Je sais maintenant que je n'ai qu'à l'appeler, elle viendra.
Je me dis aussi que j'ai de la chance qu'elle soie vivante et en bonne santé, c'est ce qui prime.
J'ai vu sur internet qu'une vente spéciale à lieu chez un antiquaire de Bienne.. décidement, il y en a des antiquaires dans cette vlle.
Celui-ci m'a toujours semblé un peux figé, comme si les objets , une fois dans son magasin, étaient condamnés à y rester pour toujours.
Derrière la maison, une remise fermées depuis si longtemps qu'un arbre à poussé devant..
J'aime que les choses bougent , mais il y a quelque chose d'étrange et de presque beau dans tout ça.
Mon acouphène ne se clame pas.. je tousse aussi.
J'attends patiement, le résultat de mes tests, on verra bien.