Larmes à sec --- à Bienne et ailleurs
Je la croise à la gare.
Tout son être est souffrance.
Douleur raidie dans mes bras.
-T'as pas 50 centimes ?
Il m'en reste 15, au fonds de ma poche.
Je lui donne.
-C'est pour m'acheter une bière, mais je vais devoir la voler..
Elle soupire. Puis ce met à pleurer.
Sans larme.
Il y a longtemps qu'elle est à sec.
Son mal être la comprime si fort que je m'attends à ce qu'elle disparaisse.
Elle me raconte une histoire à propos de son chien... son chien c'est comme son enfant qu'elle n'a plus depuis longtemps.
Elle a essayé et pris la décision qui s'impose.
A moins qu'on l'aie pris à sa place.
Les gens ne l'aiment pas.
Son ami est en prison.
Ils disent qu'en l'attendant, elle fait la pute.
Je lui dit que les gens racontent ce qu'ils veulent.
Elle éclate dans un curieux sanglot étranglé :
-Mais pourquoi les gens sont-ils si méchants?
Elle n'a pas de haine.
Elle n'est que sa propre victime.
Je la regarde ,comme un être humain, qui me touche, mais ne me coule pas.
Elle s'éloigne avec un pauvre sourire.
Je lui dit : Courage!!
Je remarque sa tresse, bien faite, impeccable.
Je lui dit : tu es forte!!
Assurément ,elle l'est.
Je crois même qu'elle le sait.
Mais ça ne change rien à sa souffrance accumulée depuis si longtemps qu'elle est devenue une partie, voir une quasi-totalité d'elle-même.
Je sais comment on en arrive là.
Comment un jour, écrasé sous la masse de coups durs à répétition, on ne se relève plus.
On concentre ce qui reste de son corps pour tenir debout.
On s'habille encore relativement bien pour qu'on ne nous regarde pas trop.
Je vois les auras de gens.
La sienne prends beaucoup de place.
Si un jour elle se relève, elle aura une puissance incroyable.
Je ne sais pas quoi penser.
J'ai déjà constaté des miracles.
Mais pour ça, la victime doit laisser place à la colère.
On a parfois des idées fausses sur et dans la vie.
Des idées qui nous empêtrent longtemps, nous freinent, nous font commettre des erreurs.
Jusqu'au jour ou le déclic se fait.
Je connais une jeune femme. à l'époque c'était encore une enfant, quand un homme à brisé son innocence et bousillé une grande partie de sa vie. Et puis il a disparu.
Mais elle à continué dans ses illusions et maintenant elles font , elles aussi tant partie d'elle, qu'elle ne les différencie plus de la réalité.
Une réalité crue. Mauvaise.
D'un autre abimé de la vie, qui n'a su lui donner que ce qu'il connaissait.
Et ce qu'elle prenait pour de l'amour n'était que le reflet de ce qu'elle apportait.
Pourtant, aujourd'hui encore, même , elle pleure cet amour imaginaire.
Mais ce n'est pas le pire .
Sa famille même l'a trompée et rejeté.
Celle qu'elle prend pour une soeur aimante est une vipère sournoise et jalouse.
Je sais ce qu'elle lui a fait et c'est si traitre, si bas , immonde même que j'ai failli lui dire-
Je déteste détenir ce secret qui ne m'appartiens pas,
Cent fois, j'ai failli le lui dire. Si elle me lit et qu'elle veut savoir , alors je lui dirai.
Je déteste les secrets qui dissimule la perversité aux yeux des innocents,
Je voudrais qu'elle sache
Pour qu'elle se révolte.
Une vie gâchée.
Mais qui n'est pas terminée.
Je n'ai pas encore vécu assez pour savoir ce qui va leur arriver.
Mais je vois qu'elles pourraient se transformer.
Des peines en joie,
Des illusions en vérité-