Conte de Noêl à Bienne
Bienne, ici comme ailleurs les objets ont une âme, il suffit d'y croire pour les entendre.
LA GRENOUILLE ET L'ARROSOIR
Il était une fois...
dans un jardin biennois
une charmante grenouille couronnée
au sommet d'une pique plantée
dans le sol de l'hiver glacé.
Et, à ses pieds,
un arrosoir jaune abandonné.
La grenouille était d'humeur discuteuse,
et puis, elle s'ennuyait un peu
toute seule là-haut.
L'arrosoir par contre, avait passé l'après-midi à papoter
avec ses amis de passage dans le quartier.
Chats errants
ou faisant semblant,
avant d'aller se réfugier
bien au chaud
dans leurs maisonnées.
Nous sommes en Suisse,
les chats sont bien traités !
Bref, la grenouille condescend
à bien vouloir lui parler,
à cet arrosoir qui n'est même pas en métal,
comme elle ;
métal façonné, galvanisé et collé
au fer à souder.
Elle se prenait pour une oeuvre d'art.
Alors que cet arrosoir...
n'était qu'un accessoire
en plastique jaune citron.
-Que fais-tu là, planté devant mon promontoire
de Grenouille Royale?
-Euh.. Sa Majesté,
veuillez me croire,
je suis désolé!
répondit l'arrosoir.
-Tu es sur mon territoire!
-Ce sont les enfants qui m'ont emporté pour s'amuser
et qui m'ont oublié,
La grenouille frissona de jalousie.
Car dans le monde des objets,
les humains sont les dieux qui les ont créés.
Savoir qu'ils préféraient un simple arrosoir
pour s'amuser, plutôt que de jouer avec elle,
énerva beaucoup Sa Majesté.
Elle hurla :
-Gardes! Emparez-vous de cet arrosoir!!
Mais rien ne se passa.
De garde, elle n'en avait pas.
Par contre, une idée lui arriva :
-Et si tu demandais à tes amis chats de sauter sur moi?
Je suis si haut perchée que les petits d'hommes
ne me voient pas.
Si tes amis arrivent à me faire descendre vers toi,
les enfants pourraient jouer avec moi !
L'arrosoir était sympa :
il accepta et rameuta ses copains chats.
La grenouille s'y croyait déjà :
-Tu verra!
Bientôt il n'y en aura plus que pour moi !
D'un coup de patte bien appliqué,
un gros matou la fit tomber.
Mais voilà que la porte du jardin grinça.
Et que la maman des enfants arriva.
-Chéri! dit elle à son mari.
Tu as vu la grenouille est par terre.
- Ah oui. dit le mari.
-Les enfants pourraient se blesser avec ses bords en métal :
je préfère m'en débarasser.
Et hop, sans égard pour la royale personalité,
elle la saisit et l'emena hors du jardin.
Devant la barrière, à côté des poubelles.
Tandis que son mari ramassait l'arrosoir.
-Avec toutes les plantes qu'on a dans la maison
il me sera bien utile celui-là!
Seule et abandonnée...
même pas plantée dans le sol goudronné,
la grenouille avait perdu le peu de noblesse qui lui restait.
Mais, tout de même,
en passant devant elle,
je l'ai trouvé assez belle
pour la ramener chez moi.
Figurez vous que je lui ai trouvé une place de choix :
dans le petit jardin sur ma terrasse.
Lorsque le printemps reviendra
elle me servira...
... d'épouvantail à moineaux !!
Ca lui fera de la companie!!!
Moralité :
Quelle que soient vos envies
ou vos désirs dans la vie,
c'est la place que vous méritez
qui vous sera donnée.