Alloscopie
Préparation à la coloscopie deuxième jour : pas de fruit, pas de légume, pas de salade, pas de lait et toujours pas de graines,
Ce matin, mon estomac a téléphoné à mon cerveau.
bip biip biiiip
-Allô?? je peux savoir qui me dérange a cette heure ultra matinale??
C'est moi! l'estomac.. et ça va pas du tout...
-Qu'est-ce qui se passe.
Mais j'ai faiiiiiiiiiim! il me faut des fibres, d'urgence!!
-Y'a des corn-flakes sur la table du salon... mais! j'y pense, tu n'y a pas droit!
Fiiiiibres! sucre! Topazes! délicieux mini-carrés de céréales glacées au sucre ,avec du lait!!!!
-Le lait non plus tu n'oses pas..
J'en peux plus, je ne pourrai pas fonctionner normalement si je n'ai pas mes corne-flaaaaakes, là tout de suite!
-Bon, je suppose que quelques corn.fl.......
Aaah! et là c'est tout le reste du corps qui, dans un élan vital se jette sur un gobelet pour y jeter quelques carrés arrosé d'un petit peu de lait.
Et puis un deuxième.
Et un troisième.
-C'est bon? t'es content??
Je suis désoléé.
-Non, il ne faut pas.
Mais, si, à cause de mes pulsions , le régime "prè-coloscopie" n'est pas respecté!
-Ce n'est pas grave.
Mais siiiiiii, T’imagine, si il y a des restes de corn-flakes collés partout dans ton.. enfin tu vois,.. ça va pas le faire..
-Ecoute moi! Le cerveau, c'est moi. Je prends les décisions. Et si je t'ai laissé faire c'est que, la nuit portant conseil, j'ai pris une décision.
Ah oui?
-Oui, je ne suis pas prête. C'est mon corps, mon c.. enfin mes fesses et je n'ai pas du tout, mais alors pas du tout du tout envie de laisser qui que ce soit y introduire quoi que ce soit.
Et surtout pas un engin d'un mètre 50.
Je croyais qu'il irait tout droit, mais ça fait une sorte de "u". J'ai vu les images et pendant que je dormais, mon inconscient s'est mis à travailler.
J'ai réalisé à quel point cette opération est contre-nature, voir traumatisante.
Même si ça ne fait pas mal, ce n'est pas le problème.
Je suis sensible. Très.
Chaque micro-pression sur n'importe quel endroit de mon corps à des conséquences sur
tout le reste. Physiquement, et moralement.
Et puis, on le dit pas mais il y a des risques quand même!
Alors d'accord, ce n'est que 0,1 ou 0,2 % des examinés qui se font perforer la parois.. mais voilà, c'est possible.
Parce que la sonde ne va pas tout droit, comme je disais, ça fait un u.
Je ressent ça comme une intrusion, presque un viol.
Je ne peux pas.
C'est très clair, je ne veux pas!!!
C'est mon corps après tout , je peux décider.
.-C'est quand même fou, ça! t'es pas foutue de respecter 4 jours de régime et t'abandonne déjà? il va dire quoi le médecin?Et ta santé, tu y a pensé?
Oui, justement , ma santé, j'y ai pensé et plus que ça, j'ai réfléchi et pesé le pour et le contre.
Pour : vérifier que tout va bien et éventuellement enlever ce qui doit l'être.
Contre : je ne suis pas au meilleur de ma forme, je commence à aller bien ,chaque bouchée que je prends me consolide. Alors, est-ce vraiment le moment de m'infliger ce qui est de toute évidence une épreuve pénible?
Non, ce n'est pas le moment, c'est très clair.
Non seulement ça ne me fera qu'un bien limité puisque je sais déjà que je n'ai rien de grave, mais en plus ça va ruiner mes efforts de ces derniers temps.
Je n'abandonne pas : je diffère.
J'en parlerai au médecin pour l'avertir.
Je crois qu'il comprendra que je ne suis pas prête.
Pour cet examens il vaut mieux l'être.
Sinon, il râte.
Et s'il ne me comprends pas tant pis.
J'ai décidé de me faire confiance, de m'écouter.
Et voilà ce que je me dis : je dois prendre soin de moi.
Mes angoisses, mes préoccupations, mon corps, tout ça m'appartient.
Parfois, il faut agir, c'est pour ça que j'ai fait cet examen sanguin : je sais que tout va bien, que rien ne presse.
Alors, je vais m'écouter, et tout en moi me hurle que ce n'est pas le moment.
Que ce serait une grave erreur d'aller mal volontairement pendant 4 jours, alors que j'ai tellement besoin d'aller bien.
Et, je ne suis pas désolée, du tout, mais si je ne peux pas manger ce que mon corps réclame, je vais mal!!!
-Petite nature!
Peut-être, je me prive déjà de nourriture décente pendant la moitié du mois parce que je n'ai pas assez d'argent.. c'est déjà assez pénible comme ça.
-Mais on s'en fiche! En quoi ça nous regarde ton frichti interne?
Je suis d'accord, certainement 99% des gens qui liront cet article ne s'y retrouverons pas.
Mais ça m'est égal. J'écris pour le % qui reste.
Celui qui n'a pas l'habitude de prendre soin de lui, ou plutôt, qui c'est tellement occupé des autres qu'il c'est oublié.
Celui la me comprendra.
Ce que je fais est vital.
Combien de fois n'ai-je pas écouté ma petite voix et suivi celle d'une obscure et lointaine raison?
Même placée sur un piédestal par les bien .pensants, cette raison là,est la leur, pas la mienne.
Ca me fait penser à une conversation que j'ai eu hier.
Avec quelqu'un qui se plaint d'aller mal : nous avons le même âge mais à cause des médicaments, il en parait 10 de plus. Lorsqu'il parle, il n'a pas l'air de se rendre compte qu'il se contredit tout le temps. Comme quelqu'un qui est si seul qu'il a perdu l'habitude d'être vraiment écouté. Et il se plaint ...
J'ai décidé d'être franche, je lui dit : sois honnête, tu prends des médicaments.
Il me réponds, non, non ,je ne prends rien,
J'insiste.
Il n'a pas l'air de comprendre ou je veux en venir. Il croit que je parle d'autre chose.
Mais je sais qu'il est suivi par un psy, je suppose que c'est la façon dont il pallie à son incapacité de le soigner.
Je ne me trompe pas.
-Ben oui, il me donne des anti-dépresseurs...
Comme si c'était anodin.
Comme si, parce que c'est légal et prescrit par un professionnel, ça ne pouvait pas faire de dégâts.
Alors que c'est une évidence, il est détruit, tellement son organisme est saturé de benzo.
Mais personne ne lui a jamais dit?
A moins que ses proches préfèrent cette passivité chimique à une vie chaotique, mais authentique..
J'ai l'impression qu'il est déjà mort, une sorte de pré-zombie.. à une étape de la fin définitive..
En voulant convenir à la société, il s'en est exclu.
Nous avons le droit de pleurer de faire des crises, de trouver nos propres remèdes.
Quoi qui se passe nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous
c'est pour ça que je refuse une société basée sur une protection des faibles par les forts.
Parce que le jeux est faussé à la base.
Il y a une fable de la Fontaine qui raconte ça très bien.
Le Lion et le Rat
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux Fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.