Suicide à Bienne et ailleurs
Chaque vie à la même valeur , quoi qu'on en fasse,
Et vous savez quoi, je vais vous dire : ceux que l'on juge si durement, ceux et celles qui, d'après les critères établis de notre société entachent leurs existence et celles des autres, sont souvent à mon avis les gens les plus courageux qui soient.
-Mais qu'est-ce que tu raconte, encore ?
Je vais t'expliquer.
Il est facile de faire de sa vie une réussite, lorsque l'on est pas confronté, soi-même ¨à la maladie, aux coups du sorts, à l'acharnement d'une administration aveugle, à l'incompétence de médecins touts puissants qui n'ont pas besoin de justifier leurs erreurs, d'une société si lente à se remettre en question, aux préjugés, à l'ignorance, à l'indifférence et à la solitude. A l'incompréhension.
Il y en a qui croient que leur vie est dure parce qu'ils assistent aux événements.
Alors, c'est clair, vivre avec un dépressif, par exemple, c'est dur, au point que l'on peut soi-même être atteint, comme si c'était contagieux.
Mais là, il s'agit d'un choix. Même si la personne est très proche, on a le choix.
Je me demande si ceux qui restent avec une personne * à problème", le font toujours pas amour ? S'ils n'ont pas peur d'être jugé, si ils l'abandonnait ?
Enfin dans tout les cas, ces personnes ont de la chance, en comparaison.
-De la chance, de ne pas être malade ?
Exactement.
Etre en bonne santé, c'est une chance.
Personne ne décide d'avoir le cancer, par exemple, ni d'être alcoolique ou toxicomane, ce sont des maladies.
Je vous rassure, je suis en très bonne santé.
-Mais tu a le TDAH ?
Oui, mais ce n'est pas une maladie, c'est une manière de métaboliser différente, avec des symptômes qui rendent difficiles les actes les plus anodins comme sortir de chez soi , par exemple.
Ca ne se soigne pas vraiment, mais on peut faire avec, trouver des trucs pour rendre sa vie "vivable" justement.
Par contre, je me retrouve confrontée aux mêmes incompréhensions, aux mêmes jugements aveugles que les personnes citées plus haut.
Ca me permet de les comprendre.
De me sentir plus proche d'eux que des autres :
ceux qui vont bien et croient que c'est grâce à leur seule volonté.
-Dis donc, t'as pas plus joyeux ?
Si, j'ai. Sans problème. Je peux vous parler de mes mignons chatounets aussi.
-Alors ?
Alors je crois qu'écrire, c'est aussi avoir une sorte de puissance, que ça donne des responsabilités .
Qu'il faut oser aborder des sujets difficiles, par exemple.
Et même! je suis convaincue qu'avec une simple phrase, au bon moment, on peut influencer profondément la vie de quelqu'un.
Pas tout le monde. Il y a ceux qui vont zapper.
Et puis, il y aura cette personne, vous peut-être, qui a besoin de réponses à ses questions, d'une petite indication qui lui confirmera qu'il n'est pas seul avec ses pensées, de mots qu'il cherche à exprimer..
Une seule personne qui se dira : oui, c'est ça !
Ou une autre que ça fera réfléchir.
Qu'importe ; une émotion, petite ou grande.
Et je ne me serai pas couché à 5h du matin pour rien.
Bon, voilà où je veux en venir ;
Quand quelqu'un mets fin à ses jours ou se comporte d'une manière qu'on ne comprends pas, on se trouve souvent très démuni.
Alors, voilà ce que je crois :
La souffrance intime dépends toujours de sa propre capacité à encaisser.
On a pas tous la même.
Pour tout un tas de raisons, ce qui atteindra quelqu'un jusqu'à la destruction
laissera une autre personne totalement indifférente.
C'est un fait.
Voilà ,entre autre, un des paramètre d'incompréhension.
Il faut du courage dans les deux sens :
pour vivre quand on souffre.
pour mettre fin à ses jours.
Vivre , quand tout n'est plus qu'une suite d’épreuves, quand chaque pensée est douloureuse, même les plus simples, demande une force incroyable.
Entre autre parce que si peu de gens compatissent.
Parce que tellement n'y accordent pas d'attention, pire ; parce qu'aux épreuves s'ajoutent les critiques, la déception, l'exclusion...
-Mais qu'est-ce qu'on peut faire ?
Excellente question :.on peut faire, énormément.
D'abord en s'abstenant de juger ce qu'on ne comprends pas.
En arrêtant de croire que l'on sait, ce qui pourrait l'aider alors que de toute évidence ça ne fonctionne pas.
Il n'y a rien de pire que le renouvellement de la déception.
C'est ce qui conduit vers la fin.
Parfois, on ne peut simplement rien faire d'autre qu'un petit geste.
C'est déjà ça.
Parfois on ne peut rien faire du tout.
Là, il reste à accepter..
Si celle ou celui qu'on aime est parti définitivement, et qu'on a rien pu faire pour l'aider.
On reste gardien de sa mémoire..
On peut trouver dans la vie qui reste, ce qui lui rends hommage, tenter d’appliquer sur d'autre ce que l'on a pas su faire avec lui.
A commencer par soi-même.
Se pardonner d'être impuissant face aux difficultés, revoir son seuil de tolérance.
Lutter contre les idées reçues.
Voilà encore ce que je voudrais dire ;
Soyons tolérants les uns avec les autres.
Gardons nous de croire que l'on "sait".
Gardons nous d’interpréter les silences ou les phrases .
Gardons nous des bonnes intentions guidées par la morale.
Gardons nous tout court.
Rappelons nous que l'on ne sait rien.
Ou qu'il nous manque des informations.
Il n'est pas nécessaire de comprendre quelqu'un pour l'aimer.
Juste essayer de l'accepter tel qu'il est, sans vouloir le changer.
Remarquer ses efforts.
Ne rien lui demander en échange.
Accepter d'être impuissant.
C'est là qu'on devient plus fort.
Que l'on peut rayonner, transmettre , avancer.
Au moment précis où on lâche prise.
Parce que les gens ne sont pas des os que, tel des chiens nous devons défendre.
Mais des fleurs.
Des plantes rares qui exigent chacune des soins particuliers.
Et ça, on le sait tous : arroser un cactus tout les jours et il mourra.
C'est pareil pour les gens.
-Il ne faut pas les arroser tout les jours ?
..... très drôle. Il faut respecter leurs besoins particuliers qui ne sont pas les mêmes pour tout le monde.
A condition, bien sûr que ces besoins soient respectables.
Là aussi, ça demande un effort de réflexion.
En fait, ce n'est pas si facile.
Voilà pourquoi il ne faut pas s'en vouloir si on ne peut rien faire pour aider quelqu'un.
D'ailleurs la culpabilisation n'arrange pas les choses.
L'acceptation si, par contre.
L'écoute.
Le pardon.
La compassion...
Un regard, un sourire.
Un gros chat noir qui vient se mettre devant l'écran.
Qui râle parce qu'il aimerait dormir avec vous et que vous n'êtes pas encore couchée..
Bon, j'arrive!
Et je vous souhaite, à vous qui avez eu la patience de me lire jusque là, une merveilleuse journée, pleine de bonnes surprises !
Et un gros bisous à ceux que je connais.
Je n'étais pas très présente ces derniers temps, mais ça ne veut pas dire que je vous oublie, jamais !..
Si je peux vivre, c'est grâce à vous.
A ces regards, ces sourires, cette tolérance.
Parce que vous m'acceptez comme je suis.
Sans que j'aie besoin de me justifier.
et je vous aime aussi pour ça.