La mentalité suisse
Michelle m'a demandé une chose toute simple, un petit service à demander à mes amies.
Quelque chose qui lui semble anodin , mais qui chez nous serait vu tout autrement.
Au point que je ne peux même pas l'évoquer.
Michelle ne comprends pas..
Et moi je comprends très bien .. qu'elle ne comprenne pas.
Michelle est française, comme la moitié de moi.
Mon côté français trouve que c'est une excellente idée, mais mon côté suisse se referme comme une huître.
Les suisses sont des êtres complexes.
A mille lieux des stéréotypes que l'on nous colle habituellement.
Rien ne ressemble moins à une suisse qu'un autre suisse.
Les suisse-allemands nous trouvent rigolos et sympas.
Nous les trouvons rigides et froids.
Alors qu'il n'y a pas plus déconneur qu'un suisse-allemand, une fois qu'il a un verre dans le pif.
Et que les romands ne sont pas toujours si cool.
Un valaisan est tellement fier d'être valaisan, tandis que nous sommes fiers d'être biennois, pas bernois !
Allez vous y retrouver dans tout ça.
Et puis, il y a les tessinois, c'est si beau le Tessin.
Nous, on les prends pour des italiens,,, et les romanches ?
on ne les connait pas ou presque,
Je ne sais pas un seul mot en romanche et pourtant c'est une de nos quatre langues nationales.
Sans compter qu'avec les pays qui nous cernent et l'attrait que nos quelques kilomètres carrés de terrain exerce sur certains pays du monde, nous nous sommes petit à petit mélangés, mixés, métissés.
Alors, que reste-il de la mentalité suisse ? Un secret ?
Oui justement, le secret.
Ce gout du secret, de la discrétion.
Pas forcément dans nos comportements ; les mères qui assistent aux matche de foot de leurs fils sont aussi grossières et virulentes envers l'arbitre en particulier et l'équipe adverse en général que dans tout les autres pays ou l'on joue au foot.
Nos supporters de hockey sont aussi braillards , voir plus, que dans les autres pays ou l'on joue au hockey.
Par contre, pris séparément, le suisse reprends tout son mystère.
On ne saura pas combien il gagne, et lui même ne sait surement pas combien gagnait son père.
Ce gout du secret qui trouve son point culminant dans les banques, on l'applique sur à peu près tout le reste.
Ce qui semble étrange, vu le succès de Facebook dans notre pays.
A croire que nous avions besoin de nous lächer.
Mais il ne faut pas se leurrer, derrière cette apparente contradiction se cachent encore beaucoup de réticences.
Untelle vous photographiera tout ses repas, mais n'appréciera pas du tout que l'on reluque du côté de son caddy , quand elle fait ses commis à la Migros.
Souvent, on me dit ; j'ai adoré ton article, mais j'ai pas commenté parce que... si ou ça.
Mais dans le fonds, c'est ça, on aime pas trop que les autres sachent ce que l'on pense.
Parce qu'on aime pas les problèmes.
On ne se bat pas chez nous : on se défends, nuance !
Les injustices ont le champ libre : presque personne ne s'élèvera contre elles.. parce que c'est tout petit chez nous.
Parce qu'on ne veut pas que l'on nous amalgame.
Parce qu'on a peur, à juste titre d'ailleurs, que si on prends parti pour celle-ci ou celui-là, ça nous retombe sur le pif.
Tous fichés !
Tu savais ça Michelle ?
Grand scandale fin des années 80.Voilà que le peuple découvre avec stupéfaction l'existence de 900000 fiches détaillant les activités les plus quotidiennes de suisses et d'étrangers résidents. Avec un préférence pour ceux que l'on soupçonne d’être de gauche.
Fiches réalisées avec la complicité d'indicateurs. De proches des personnes concernées.
Chez nous, on aime pas les problèmes, et encore moins ceux qui en causent.
Ou sont susceptibles d'en causer.
Ou connaissent des gens qui connaissent des gens qui pourraient éventuellement en causer.
C'est à dire, à peu près tout le monde.
Un pays qui, il n'a pas si longtemps, enfermaient, en prison, des jeunes filles dont le seul crime était d'être tombée enceinte.
Avec cette idée folle que , pour protéger son enfant contre lui-même, mieux valait le faire enfermer.
En parlant d'enfants, on les protégeaient aussi contre leurs propre parents.
Une mère célibataire, sans revenu... hop.. on lui prends son enfant et on le confie à une famille de paysan qui se chargera de le dresser.
Une fillette abusée qui n'ose pas parler mais interpelle par son comportement ? Hop.. on le confie aux bonnes soeurs qui se chargeront de la calmer.
Un enfant du voyage ? non, tout les enfants du voyage que l'on a pu arracher à leurs romanichels de parents ...
Etc.. etc... jusqu'à il n'y a pas si longtemps, une administration guidée par une morale politico-chrétienne malsaine, s'acharnait sur tout ce qui ne cadrait pas avec leurs principes de la famille idéale.
Une sorte d'auto-épuration répugnante qui triait le bon grain de l'ivraie, privilégiant certains et brisant les autres.
Est-ce que c'est totalement terminé ?
J'en doute.
On reparle actuellement de nouvelles fiches.
On mêne des enquêtes de plus en plus poussées sur le bénéficires de l'aide sociale.
On contrôle minutieusement tout le monde pour être certain que l'on ne passera pas à côté d'une économie potentielle.
Tant pis si ça brise des ménages.
Les petites combines anodines sont traquées ,sanctionnées impitoyablement.
Je suis bien placée pour le savoir, même si vous êtes accusée à tort, alors vous en subirez le conséquences.
Les rapports bourrés de fautes vous poursuivront toute votre vie.
Sans aucun espoir de réhabilitation.
Ou alrs si rare qu'on y croira pas.
Tandis que d'autres, professeurs, avocats , docteurs se permettrons des actes épouvantables qui seront rarement punis.
Comme si, il y avait des réseaux secrets regroupant des personnes intouchables de naissance.
Des sortes de castes qui se comportent à vie, comme des valises diplomatiques : on regarde pas à l'intérieur.
Même si tout le monde le voit, alors, je ne sais pas comment on y arrive, mais ça ne les empêche pas de continuer.
Parfois ailleurs, parfois autrement, mais ces gens là ont tout les droits.
Mieux vaut être leur allié! Ca peut servir.
La justice à deux vitesse, ça s'apelle.
Tu me dira : chez nous aussi ça existe.
Chez nous, rare seront les jeunes qui oseront insulter un policier, comme ça se fait en France.
Pas besoin pour ces derniers de savoir courir, chez nous, les dealers se laissent arrêter sans protester.
Comme si ça faisait partie des règles du jeux.
Et plus tard, ils salueront bien poliment le policier qui les a conduit au poste, lorsqu'ils le croiseront dans la rue.
Lancer des cailloux? Bruler des voitures ? on y pense même pas.
On est prudent.
On ne se fait pas remarquer.
On se désolidarise de ceux qui s'exposent trop.
(là j'ouvre une parenthèse, parce que des exceptions, il y en a, j'en connais, qui portent des pulls verts ou font ma vaisselle).
On porte rarement plainte.
Par contre, on signale.. on aime bien : en chaque suisse il y a un flic qui sommeille.
Et un mouton blanc qui bêle, avec les autres uniquement.
Ca ne veut pas dire qu'il n'aimerait pas être un fier bélier qui ose frapper avant les autres.
On en a, heureusement, des comme ça.
C'est l'héroïsme made in Switzerland.
Qui produit des Guillaumes Tell et des Farinet des Peter Kneubühl.
En attendant, on ne se fait pas remarquer.
Pas seulement parce qu'on a peur, mais encore parce qu'être humble, modeste, sans exigence originale, et mieux vu que d'avoir de l'ambition.
Il faut rentrer dans le moule,
Naitre correctement, faire son service militaire correctement, travailler correctement. pic-niquer correctement et mourir correctement.
Mettre une puce à son chien multi-vacciné sous peine d'amende.
Ne pas cracher, ne pas pisser, ne pas respirer là ou c'est interdit, sous peine d'amende.
Même si on sait parfaitement que l'on ne risque rien en faisant quelque chose on ne le fait pas :
au nom de notre principe sacré :
le principe de précaution.
Alors, on ne demande pas à ses amis de faire quelque chose qui serait en infraction avec la loi.
S'ils n'ont pas dans leur voiture un siège pour enfant, ils seront peu à vous ramener à la maison avec votre petit.
Même s'il pleut, même si vous êtes chargée et épuisée.
Non seulement on ne trouvera personne pour le faire, mais on gênera beaucoup son amie, si on ose lui demander.
C'est un excellent exemple qui montre bien la complexité de la mentalité suisse : au cas par cas. Parce que la même amie sera en même temps une femme géniale prête à s'impliquer de façon forte pour aider son prochain.
Mais voilà, dans notre pays, il y a des façons d'agir qui ne sont pas forcement les mêmes que partout.
Demander ?... en général, on évite.
Au point de préférer acheter une carte plutôt que demander son chemin.
Ca ne se fait pas.
On ne demande pas : on assume.
sinon, on devient une assistée.-
-T'exagère ? !
Non.. je me retiens, même. En réalité c'est encore pire.
Il n'a pas si longtemps facebook c'est amusé à publié de petits films réalisés avec nos photos.
Panique à bord pour certains, rien qu'à l'idée de cliquer sur un lien qu'il n'ont pas découvert tout seuls.
Ce qui m'agace le plus c'est lorsque vous êtes certain de ce que vous faites mais qu'on ne vous suivra pas, par principe.
La logique n'est pas Reine dans notre pays, frileux et tellement peu habitué à la réussite personnelle qu'elle en devient de l'opportunisme.
Voilà, Michelle, je n'ai pas gratté, je me suis contenté de la surface, pour ne pas qu'on me jette des pierres .
Si tu trouve que ça n'explique pas pourquoi je ne peux pas demander certaines choses à mes amies, tu aura raison aussi et eu un apperçu de cette absence totale de logique que l'on applique chez nous..
C'est ce qui nous caractérise.
On ne sait pas précisément pourquoi, mais c'est comme ça :
Certaines choses ne se font pas, ne peuvent même pas être évoquées sans que l'on ressente un frisson, un malaise indéfinissable.
Le bon sens, on connait, mais juste pour les prédictions météos.
Ca ne veut pas dire qu'on manque de coeur, au contraire! on en a énormément, mais il ne faut pas que ça se sache.
Secret, précaution ,logique inversée,, injustice et contradictions : voilà la Suisse.
Un mélange de rituels anciens et de technologie, de morale dépassée, de honte, de préjugés, et d'actions étonnement généreuses....
Et pourtant.. si je devais choisir, aujourd'hui, entre mes deux nationalités, alors, je me sentirais plus proche de la Suisse sans hésiter. Parce que malgré, ou à cause de ça, peut-être, les suisses, pris séparément, sont des êtres épatants.
Nous aimons les animaux, nous sommes inventifs, créatifs, audacieux et minutiieux à la fois. Travailleurs et courageux.
-Ahah, ça te va bien de dire ça.
On voit encore u'il y en a qui n'ont pas compris.
Une bonne fois pour toute j'en profite pour le dire, je ne sais pas si c'est ma mentalité suisse ou mon fait personnel mais :
j'ai horreur de me justifier.
Je ne supporte pas qu'on me demande d'expliquer mon comportement, d'être sincère : comme si en face, on allait me donner la même chose!
Personne n'est d'une sincérité absolue.
On peut essayer de l'être avec les personnes qui sont vraiment vos proches.
Sinon, je me contente de ne pas répondre.
Quelqu'un qui n'est pas capable de m'accepter comme je suis devrais s'interroger sur ses propres capacités à être honnête avant de vouloir des explications.
La justification c'est le contraire de la confiance.
C'est la méfiance : à quoi bon perdre son énergie avec quelqu'un qui doute de vous ?
Et vive-versa.
Revenons à nos qualités typiquement suisses .
Sportifs, et doués dans nos activités.
Doués, par exemple, d'une faculté d'adaptation remarquable. Que ce soie le désert ou la jungle amazonienne. On va partout, on est accepté partout, on s'intègre partout.
On respecte les coutumes locales même si on les comprends pas.
Foncièrement, aussi, nous sommes accueillants. C'est notre vraie mentalité. On se réfugie chez nous, depuis la nuit des temps.
Mais forcement, on en a un peu marre d'être pris pour une vache à traire, à force. On se rebelle. Lentement c'est vrai, mais ce ras-le-bol exprimé par le peuple corresponds à une réalité du moment, pas à notre mentalité profonde.
Il n'y a que se promener dans les petits villages tessinois, boire la grappa dans un minuscule chalet, avec le sourire du patron qui vous couve, tout ému de vous voir là, pour le ressentir.
La paix, le respect que nous avons pour les autres s'ils sont connus, on ne les poursuivra pas en poussant des cris hystériques genre "Patriiiiick".. Si on s'enthousiasme, ça arrive, c'est pour la qualité.
Nous sommes exigeant là-dessus. Et nous avons raison de l'être.
Nous avons nos spécificités, nos contradictions comme tout les peuples du monde.
Et si j'ai une tendresse particulière pour ce que nous sommes, c'est à cause de l'ingrédient secret, ce truc indéfinissable qui fait que sans avoir besoin de coloniser qui que ce soit (on ne se permettrait jamais une telle chose !) nous sommes accueilli par tout ceux capable de nous ressentir pour ce que nous sommes : différents.
Enfin voilà toute l'histoire, la Suisse est un petit pays peuplés de gens si différents que les lois s’appliquant à tous ne peuvent forcément pas fonctionner.
Ca ne nous empêche pas d'avancer.
Et si c'est lentement, alors c'est aussi surement.
Comme disent les italiens : ci va piano va sano e lontano.